Un lait maternel non nourrissant ?

C’est la grande championne toutes catégories confondues, l’idée reçue (et fausse) qui circule le plus dans notre pays : si vous choisissez d’allaiter, vous avez 95 % de chances d’y être confrontée un jour.

Que ce soit en consultation chez un professionnel de santé, pendant un repas de famille ou même lors d’une sortie entre copines, elle peut pointer le bout de son nez à tout moment :
« Votre bébé n’a pas pris assez de poids, votre lait n’est pas assez nourrissant malheureusement… »,
« Il tète aussi souvent ? Tu es sûre que ce n’est pas parce que ton lait n’est pas assez nourrissant ? »
« Tu l’allaites encore ? Mais ton lait n’est plus nourrissant pour un bébé de cet âge ! »

Et même sans l’aide de personne, cette angoisse vous envahira peut-être parce que vous avez déjà entendu parler de ce phénomène : il paraitrait qu’une mère peut faire un lait qui ne convient pas à son bébé…Justement aujourd’hui  bébé demande à téter plus souvent que d’habitude, il est agité, ne semble pas rassasié.Alors vous vous la posez cette fameuse question : « mon lait est-il assez nourrissant ? Mon bébé est-il rassasié ?? »

Alors indiquons-le d’emblé,  en grosses lettres (et il faudra vous en souvenir quoi qu’il arrive) : Le lait maternel non ou peu nourrissant n’existe pas. Peu importe ce que vous mangez, votre état de fatigue ou l’âge de votre bébé : votre lait est toujours nourrissant et parfaitement adapté pour lui.

C’est vraiment très important à savoir car de nombreuses femmes ont sevré et sèvrent encore leur bébé, pensant à tort que leur lait a un défaut, et ne permet pas de le nourrir suffisamment. Or il s’agit dans tous les cas d’une fausse raison qui cache l’origine du problème…Problème qui aurait pu trouver une solution avec un accompagnement adapté. Sans oublier que parfois, le problème n’en est pas vraiment un, le comportement « bizarre » de bébé ayant en fait une explication logique.

Les raisons pour lesquelles on peut être amenée à penser que son lait n’est pas nourrissant sont multiples. Mais le point de départ est toujours le constat ou l’impression que quelque chose cloche : bébé ne prend pas assez de poids, demande à téter très fréquemment,  ne fait pas ou plus ses nuits,  ne semble jamais rassasié… Et c’est alors que l’idée reçue « mon lait n’est pas assez nourrissant » pointe le bout de son nez. Elle vient parfois seule, il faut dire qu’on l’entend partout donc c’est presque un réflexe ; mais elle est très souvent tenue par la main d’un proche ou encore d’un soignant non informé (et ils sont encore nombreux puisque leur formation initiale n’est pour l’instant majoritairement pas adaptée comme le souligne le rapport officiel du Pr. Turck).

La solution la plus plébiscitée  malheureusement, est alors de passer au lait artificiel pour que bébé reçoive « enfin » un aliment  adapté à ses besoins. Outre le fait  que cette recommandation est complètement inappropriée puisque la composition du lait est toujours parfaitement adaptée à bébé, elle peut également être vécue très douloureusement par une maman implicitement rendue coupable d’avoir mis en danger son bébé avec son propre lait. Et l’on sera passé de plus passé à côté du vrai problème (si problème il y a, encore une fois).

Mais alors, d’où vient cette idée reçue ?

* Ce qui est vrai, c’est que la composition du lait varie. En fonction de nombreux facteurs et même au cours de la tétée (la teneur en graisses augmentant à fur et à mesure de l’extraction du lait). Ce qui peut parfois inquiéter car l’aspect du lait peut-être différent d’un tirage à l’autre. Mais votre lait est toujours adapté à votre bébé et nourrissant pour lui.

* Ce qui est aussi vrai, c’est qu’il peut arriver qu’un bébé ne reçoive pas les bonnes quantités de lait nécessaires à son développement (ce qui n’a rien à voir avec la qualité du lait). Malheureusement ces deux notions sont trop souvent confondues.  Il est pourtant très important de comprendre la différence entre qualité et quantité car on peut facilement et rapidement agir pour augmenter cette dernière : il s’agit le plus souvent de la conséquence d’une conduite inadaptée de l’allaitement due à de mauvaises recommandations…Comme l’espacement ou la limitation du nombre de tétées par exemple. Conduite que l’on peut rectifier avec des conseils appropriés. Bébé peut également rencontrer des difficultés de succion qu’il est primordial d’identifier.

Savoir qu’un lait non ou peu nourrissant n’existe pas est donc très important afin d’identifier le vrai problème caché derrière l’idée qu’un lait non nourrissant est parfois une fatalité contre laquelle on ne peut pas lutter.

*Le mythe du lait non nourrissant provient également d’une méconnaissance des caractéristiques du lait maternel humain qui a pour particularité d’être très digeste, raison pour laquelle nos bébés ont besoin de téter très souvent (à la différence des lapereaux qui n’ont besoin que d’une tétée par jour de quelques minutes par exemple).  Si l’on ne connaît pas cette caractéristique, on peut être très inquiets de constater que bébé demande parfois à téter toutes les heures (voir moins pendant certaines périodes, souvent appelées « pics de croissance ») et qu’il ne respecte pas la fameuse recommandation « une tété toutes les trois heures » encore trop souvent diffusée dès la maternité. On  peut alors facilement se mettre à penser  que si bébé demande à téter fréquemment, c’est que le lait de sa maman ne parvient pas à satisfaire ses besoins… Ce qui est  complètement faux.

* De plus en fonction des bébés, la fréquence des tétées sur une journée peut beaucoup varier, ce qui peut se transformer en source d’angoisses lorsque l’on compare notre petit dernier accro à la tétée toutes les heures avec celui de la voisine qui fait ses nuits et ne tète que toutes les trois heures (voir plus !!) pendant la journée . En réalité, chaque bébé est différent : certains aiment les gros repas, d’autres veulent de petits repas fréquents c’est ainsi. Et il convient de respecter ces différences car  » Il n’y a  aucun avantage démontré à réduire le nombre et la durée des tétées, ni à fixer un intervalle minimum entre deux tétées « (ANAES 2002)*. L’enfant devrait pouvoir téter sans restriction souvent ou plus rarement, sans que le lait de sa maman soit suspecté d’avoir un défaut.  A trop tenter de chercher à réguler le nombre de tétées d’un bébé à partir d’une norme qu’il est impossible de décréter, on peut mettre en péril un allaitement malheureusement.

* Et n’oublions pas les différences entre femmes dont la capacité de stockage du lait varie également de l’une à l’autre et peut aller, d’après les études de Peter Hartmann, de 80 à 600 ml ! Chez une même mère, cette capacité peut même varier d’un sein à l’autre. Rien à voir avec la capacité à produire assez de lait pour le bébé, simplement cela influe sur le nombre de tétées. En effet, les mères dont les capacités de stockage mammaire sont faibles ont besoin de donner le sein plus souvent…Sans que cela signifie que leur lait n’est pas nourrissant.

Voici un visuel conçu et diffusé par « bien vivre l’allaitement » qui peut aider à comprendre :

stockage

 * Enfin  il existe aussi des « périodes de pointe », appelée très souvent « pics de croissances », qui surviennent régulièrement au cours de la croissance d’un bébé (on évoque souvent celles des 10 jours, 1 mois, 3 mois…). Ces périodes se caractérisent souvent par une augmentation importante de nombre de tétées par 24h. Bébé peut également être agité et en grand besoin de contact. Ces périodes sont normales,  passagères (elles ne durent que quelques jour), mais inquiètent souvent les mères qui n’ont pas été informées, car elles pensent alors que si bébé demande à téter plus, c’est soit parce que leur lait n’est pas assez nourrissant, soit parce qu’elles n’en ont pas assez…

 

Pour résumer :

votre lait est toujours nourrissant et adapté à votre bébé, quelque soit son âge. Donc si un nourrisson allaité ne prend pas de poids ou vous semble téter tout à coup très fréquemment, la raison est ailleurs (espacement imposé des tétées qui l’empêchent de prendre la quantité dont il a besoin, difficultés de succion, périodes normales de « pics » de bébé…). Mais  la qualité de votre lait n’est jamais à remettre en cause.

Si vous avez un doute sur sa prise de poids, sur son comportement au sein… Consultez une personne formée et spécialisée : un professionnel formé IBCLC ou titulaire d’un DIULHAM (seuls diplômes garantissant les compétences nécessaires pour soutenir une femmes en difficulté avec son allaitement),  une association de soutien à l’allaitement type lll France, Solidarilait… (ces association sauvent des milliers d’allaitements par an).

Car d’autres difficultés peuvent se cacher derrière tous ces « symptômes » que l’on associe encore à tort à un lait « non nourrissant ».

Et surtout, encore et toujours : faites-vous confiance et ne craignez pas « d’écouter » votre bébé 🙂

Sources : 

* LLL France « comment fabrique-t-on du lait ? »

* ANAES, Recommandations sur la mise en œuvre et la poursuite de l’allaitement dans les 6 premiers mois de vie de l’enfant, mai 2002

* Guide de l’allaitement maternel (brochure PNNS-Ministère de la Santé)

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